Voyage Allah Allah !


Narine voyageuse


Recit d'un nez au vent


Tout a commencé dans la banlieue de Teruel. S'il elle ne  figure pas sur la liste des 123 choses à voir ou à faire en Espagne, cette ville a été le commencement d'une série qui continue encore aujourd'hui alors que nous sommes au confins du désert Marocain.


D'abord une impression de déjà senti. Un vague souvenir de shampoing, de savon, d'essences peu chères.

Et puis arrivent les premiers bourgeons. Inconnus de nos jardins et plantations. Des arbres courts aux feuilles solides d'un vert sombre.

Et puis par terre les restes d'une moisson incomplète.

Boules Maltaises ? Navel ? Bigarades ?  sont-ce des Sanguines ? des Valences ?

Celles que l'on achète dans nos rayons sont à "jus" ou "de table".

Sans plus de pédigrée.

Un peu écoeurante, rare et flatteuse l'odeur des orangers en fleurs fouette le plein sud tiède et enveloppe nos kilomètres de langueurs exotiques. Ce sera la première étape d'un voyage olfactif.

Au retour, il faudra coller sa truffe au fruit pour retrouver l'ambiance de ce parcours à travers ces fruitières parfumées d'Espagne.


Pučol. Bien avant la prononciation incertaine du nom de cette cité balnéaire sur son panneau de bienvenue, on prend, par bourrasques, l'odeur poivrée d'un plat d'huitres, d'une marée sur un quai, d'un marché frétillant et luisant d'une pêche toujours miraculeuse à nos yeux de terriens.

La mer arrive toujours en retard sur sa fragrance.

Des moutons sur les vagues en signale la hauteur et la force, la brume qui avance par nappe laisse sur nos lèvres un goût de saumure, légère comme l'air qu'on laisse entrer en ouvrant simplement la bouche et toujours une "iodeur" irremplaçable.


Devinette

Dans les traversées de villes, par bouffées, défilent toutes les préparations à base de ce condiment.

S'il est mangé par un seul, il est gênant.

S'il est mangé par tous, il passe inaperçu.

Il donne du plaisir mais aussi des reflux.

Au pluriel il est inconnu : aulx.

En Espagne il est conjugué à tous les temps, à toutes les heures et souvent plus tard que notre raison.

L'ail. Ami des cuistots incompétents, bouée des préparations qui sombrent dans le fade, prétexte à faire "sud".

Vous l'aurez compris, cette gousse n'est pas de mon goût.

Si son odeur flatte, son ingestion me met au bord de l'indigestion.


L'ail n'est pas mon ami mais son odeur est toujours une invitation à passer à table.



           ...il y aura une suite narrative


Maroc par Tanger

et encore Meknes

 

Nous avons fait une entrée triomphale à Meknes car le Ryad (genre d'hôtel) était dans l'hyper centre en pleine Medina.
Deux motos avec valises latérales dans les travées étroites du Souk sur plus d'un kilomètre...les Marocains étaient hilares et très coopératifs, reculant les mannequins, leurs étals et les barbecues car le chemin faisait rarement plus de deux mètres. Les motos avec les coffres ne font pas moins d'un mètre. En plus c'était l'heure de pointe avant la rupture du jeûne où les gens font des courses.
J. en tête a eut l'opiniatreté de tenir bon jusqu'à destination, en même temps, c'était tellement étroit qu'il était impossible de faire demi tour.
Bravo à mon poisson-pilote qui, vu de derrière, avait des airs de Moïse devant la mer Rouge. mon poisson était comique à regarder de derrière et qui ouvrait la voie tel Moïse devant la mer Rouge.

Des voyages et des souvenirs


Nous traversons un Maroc millénaire et minéral.

Un cinéma permanent sous le casque nourrit nos cartes et nos mémoires.

Des falaises rouges immenses protègent un ruisseau vert luisant dans le contre-jour.

Des plaines se fracassent sur des Atlas secs, brulés de soleil, coiffés d'un manteau lilial.

Des traînées de verdure saignent les vallées semblant taries.

De gigantesques décors remplissent nos besaces à souvenirs.

Pourtant.

La plus belle image qui me restera de ce voyage est plus modeste.

Aux alentours d'écoles de village, discrètement assises par deux, des jeunes filles se concentrent sur une feuille qu'elles tiennent de leurs doigts fins.

Parfois chaussées d'élégantes lunettes elles semblent discourir autour d'un texte que le maître a soumis à leurs commentaires.

Voir ces jeunes filles voilées avec soin prendre au sérieux une page de texte et par là les études et la perspective d'une vie meilleure m'émeut.

Les savoirs plus intelligentes que leurs pères et moins stupides que leurs frères, petits mâles arrogants prêts à perpétuer un islam incompris, me rempli d'aise et d'espoir.

A quelques mètres d'elles, ploie leur mère sous la charge d'orge et le poids de mille contraintes qu'une religion mal interprétée leur a imposé.

Pour elles il n'y a plus d'espoirs dans cette vie de soumission.




Difficile
de ne pas s'arrêter à tous les coins d'Erg
de ne pas photographier d'où on vient et où l'on va
encore et encore au risque de lasser le regardeur blasé
Facile
de se sentir à l'aise sur les pistes à cailloux
d'apprécier le mieux sans penser au pire
de préférer le gravier retors à la route lisse
de revenir sur terre après en avoir tâté l'âpreté

La manière la plus rude est toujours la meilleure...quand on connait la fin de l'histoire.